15.12.05

Le bonheur


Le bonheur est un vit
enflant à ses désirs comblés.
Comme une baudruche
se gobergeant d’hélium.
L’exaltation finit dans l’explosion
du trop-plein de jouissance.
Alors,
et, alors seulement
il s’accomplit dans le partage.

Le bonheur n’est exclusif
que nourri de mille plaisirs.
Son offrande est infinie,
à mesure que l’essence abonde …

13.12.05

Que n'ai-je pas fait ... ?


Le spectre de Théa me hante depuis des heures, des jours, des nuits,
enfin, depuis que j’ai serré dans mes bras de grand costaud au cœur de faux dur, cette enfant raide et froide, sortie tout droit d’un frigo de l’hôpital, forçant mes yeux, taris par mon trop plein de souffrance, à perler sur ce doux visage d’enfant martyr .
Cette sensation de froid m’obsède.
Non pas que je me projette encore le film de ce qu’elle a dû subir, j’ai déjà fait tout le tour de ces horribles visions, vomissant systématiquement le maigre repas qu'il m’est nécessaire pour ne pas sombrer dans la plus profonde des déprimes.
Non, depuis peu, mon cerveau s’embrume de pensées nauséeuses, comme si mon crâne s’était transformé en latrines de la raison.
Je défèque mes rancœurs sur tous ceux qui me disent que l’on n’y pouvait rien changer.

- Tiens donc !
Même la haute magistrature s’adonne sans aucune retenue à ce faux-fuyant.
Comme si l’indifférence effaçait toute responsabilité …
Pourtant, Dieu sait si nous sommes, si, je suis responsable de n’avoir rien vu, ou plutôt si, d’avoir vu, mais de ne pas avoir compris, de ne pas avoir su imaginer que la mort pointait son nez à chaque virgule de mes pensées, que je voulais sans cesse rassurantes.
Je pourrais franchement postuler pour un rôle dans une série de police scientifique à dix sous de la télé américaine.
À Force, je connais mon script par cœur, sans jamais l’avoir étudié.
L’acteur que je serais,
ne jouerait pas un personnage, mais c’est le personnage qui deviendrait acteur.
J’imagine aisément ma scène, appuyé à la barre, transi, tremblant de tous mes membres, non pas de froid, mais de peur et de honte :

- … « mais non, votre honneur, je vous promets, je ne savais pas, j’ai tout vu, mais, je ne pouvais en aucun cas imaginer la triste tournure que prendrait cette affaire. » …

- « … Bien que, cher monsieur, beaucoup dans cette assemblée, voire même la société toute entière, ont leur part de responsabilité dans ce drame, cela ne fait ni de vous, ni de nous, des coupables … Les vrais coupables sont assis, là, dans le box des accusés … »

Ils ont transformé cet ange en poupée de porcelaine, que l’on a cassée en la jetant violement au sol .
Et, comme tout jouet brisé, elle finit son existence au fond d’une poubelle,
de ma poubelle, cette boîte à réflexions, blottie bien au chaud sous mes cheveux imaginaires !

C’est ce qu’ils appellent « la justice des hommes » - « la vérité judiciaire »

Comme si cela devait suffire à soulager ma conscience, ou peut-être devrais-je dire : mon inconscience …

Où est l’aspirine ?
Il me faut de l’aspirine …

12.12.05

La pluie

Une mignonne petite fille, s’était réfugiée sous l’aubette du supermarché.
Elle venait de faire les courses avec sa maman.
C’était une superbe petite fille rousse qui devait avoir près six ans, l’image de l’innocence incarnée dans un corps d’enfant.
Il pleuvait des cordes dehors, vous savez, ce genre d’averse que les corniches et les avaloirs d’égouts ne peuvent pas engouffrer, tant elle est diluvienne, les gouttes tellement pressées de rejoindre le sol qu’elles tombent en filets discontinus, transformant l’atmosphère en aquarium géant.
Nous étions tous debout, là sous cette aubette, à attendre l’accalmie, certains avec patience, d’autres visiblement irrités par les caprices de dame nature, qui compromettaient le minutage trop précis de leurs journées.
Je suis, depuis toujours méditatif quand il pleut, je me perds dans le bruit et dans les traits de cette eau que nous envoie le ciel pour laver la crasse et la poussière de cette terre.
Doux souvenirs d’enfance, les sauts dans les flaques fraîchement gonflées par le déluge, comme si je jouais toujours dans ma mémoire, juste suspension rédemptrice d’une journée de tracas et d’empressements…
La voix de cette enfant interrompit la transe hypnotique dans laquelle je m’ étais plongé.

- Maman, si nous traversions sous la pluie pour rejoindre la voiture dans le parking.
- Que dis-tu ? reprit sa maman.
- Allons sous la pluie, répliqua-t-elle.
- Non, ma chérie. Nous allons attendre une petite accalmie.
La petite patienta quelques minutes et repris avec insistance :
- Traversons sous la pluie.
- Mais, enfin, nous serons trempées si nous y allons maintenant.
- Mais non maman, ce n’est pas ce que tu disais ce matin, lui répondit la petite en lui tirant la manche de la veste.
- Ce matin ?
- Et quand t'aurais-je dit que nous pouvions traverser une averse sans être mouillées , dis moi ?
La fillette répondit calmement :
- Quoi, tu ne te souviens pas ?
- Quand tu discutais avec papa à propos de son cancer, tu lui a dis :
- Si nous traversons ceci ensemble, nous pourrons tout traverser ensemble et sans embûche…

Assez curieusement, tout le monde se tut soudain.
Je vous assure qu’on n’entendait plus que la danse folle de la pluie sur le macadam.
Nous étions tous devenus subitement muets.
Plus personne ne revint ni ne quitta l’aubette, les quelques instants qui suivirent .
Visiblement, la maman se concentrait pour donner la réponse la plus appropriée.
D’aucuns auraient éclaté de rire, ou, auraient traité cette enfant de sotte.
Certains auraient même feint de ne pas avoir compris.
Pourtant nous étions tous là, devant une vérité infantile, une gigantesque tranche de vie puérile.
Un de ce moment de confiance innocente, qui, si elle est entretenue, continuera de croître dans le cœur même des bonnes choses, et nourrira l’espoir de toute une vie.

- Ma chérie, tu as raison. Courrons sous la pluie, et s’il en est ainsi, que ceux de la haut nous laissent nous détremper par la pluie, bien, … c’est qu’il était certainement nécessaire que nous fussions lavées de la sorte, lui dit sa maman.

Et elles s’en allèrent sous la pluie.
Nous étions tous là, à rigoler en les regardant traverser la rue entre les flaques, avec comme seuls couvre-chefs, leurs sacs de courses.
Elles furent bien évidement trempées.
Mais assez curieusement, d’autres les suivirent bientôt, s’en allant rejoindre leur voiture, en criant et riant aux éclats comme quand ils étaient enfants.
Et oui, moi aussi, je me surpris à sautiller de flaques en flaques,un sourir candide aux lèvres, je fus très vite trempé, mais il faut croire qu’il était fondamental aussi que je passe au « body wash » afin d’effacer la poussière qui recouvraient mes souvenirs.
Depuis, je me suis rendu compte que certaines circonstances ou bien certaines personnes, pouvaient nous prendre de l’argent, tant de besoins purement matériels, et même notre santé.
Mais jamais personne, ne pourra nous enlever nos souvenirs, fussent-ils d’enfants…
Il me semble, dès lors, indispensable de prendre le temps de se souvenir de l'innocence.
Pour tout et pour chaque circonstance il y a sous ces cieux une saison et le temps de nos mémoires.
Il suffit de conserver les jours de grand soleil pour illuminer les périodes plus sombres de nos vies...

16.11.05

La "youle" à Kmotra

Quel indomptable faciès que voilà,
Paradoxale minois aux diverses facettes.

Ne la fixez pas des yeux, les siens vous transperceraient,
Fouillant jusque l’âme pour déballer vos sentiments.

Et que dire de son blair, flairant vos sens à mille lieux,
Narines toujours dilatées afin de vous débusquer.

Elle a de ces lèvres, dont rêvent tous baisers
Qui engloutissent votre être traversant le corps dans son intimité.
D’un côté la clope, de l’autre, la léchante
qui fouille la commissure de ses plaisirs
briguant le goût libidineux des débauches d’antan.
Ne vous y trompez pas, c’est la "youle" à Kmotra,
doux visage de vérité que l’on ne pourrait éteindre …

11.11.05

J'ai mal ...


Voilà,

il y a tout juste une semaine un petit ange était assis sur mes genoux, et prenait un malin plaisir à jouer avec ma barbichette, en essayant de la tresser.

Elle a décidé ce matin de donner son âme à sa granou, quelque part derrière les nuages ...

Puis, dans la soirée, elle a offert son foie à un autre petit ange qui en avait plus besoin qu'elle, ses reins à un autre petit ange dont les jours étaient comptés, et enfin son coeur pétillant à un autre, afin qu'il retrouve la vie ...

Cette vie, que ce lundi, un monstre avide de sang, lui a volée, en guise de cadeau d'anniversaire ...

Elle s'appelait Théa,
et fêtait ce lundi tout juste ses deux ans ...

C'était ma petite nièce,

et aujourd'hui, elle a nous a quitté dans un sourire,

et moi,

je pleure ...

4.11.05

La blessure des formes

L’embonpoint qui l’enroule,
le transforme en lipome géant sur pattes.
Les gestes disloqués, même la marche lui est pénible.
Les regards des autres
sont autant de dagues plantés dans ses entrailles.
Évidemment ,
le miroir lui a recommandé mille fois de mourir,
Mais même cela, lui est défendu.
La bière trop large pour le brancard,
rappellerait avec trop de perfection
les amas graisseux que vomissent ses os trop lourds.

… Ils eurent tôt fait de le nommer « Elephant man ».

Triste sobriquet.

Non, il n’est pas hideux,
il a juste, un jour, décider de cacher ses merveilles.
Savent-ils seulement que derrière toute cette adiposité
se terre un cœur plus gros qu’un silo de grain du mois d’août.
Ils n’imaginent même pas qu’il puisse aimer.
Bien sûr, ses amours ne sont pas charnelles,
son corps les refusent, il n’en rêve plus depuis longtemps.
Mais il donne avec aménité à qui veut bien la recevoir,
toute la tendresse qui bouillonne comme un geyser au fond de ses tripes.
Déroulez seulement son tapis de sentiments,
et vous en couvrirez le stade de France,
tant il regorge de bienveillance …

Pourquoi ne puis-je te déshabiller de ta chair, mon ami,
afin qu’ils voient tes intentions …

28.10.05

Les émotions me rattrapent toujours là où je ne les attends pas.


Ce matin, j’assiste mon ami dans l’adieu d’un père défunt,
quoi de plus naturel …
Les départs devraient être toujours difficiles, mais celui ci me semble pourtant salvateur.
L’homme est mort il y a déjà plusieurs années, imprimant sa vie dans l’oubli de l’existence ...
"Alzheimer" qu’ils appellent ça.
J’assiste donc aux funérailles de C. par amitié, sachant que de toute évidence, la douleur fut antérieure.

Quelle célébration,
réglée, à l’habitude d’ailleurs, comme du papier à musique, pas la moindre hésitation, tout se déroule dans le recueillement, le souvenir de l’homme, le tout enrobé de chants voulus laïques, au probable abattement du célébrant.
B., assisté de ses deux comparses animent les chants avec beaucoup de vérité, l’harmonie du trio est presque impressionnante, je me contente de les accompagner d’un peu plus loin, de peur de briser l’eurythmie du groupe.
Le rituel religieux ne m’interpelle pas plus que d’habitude, je suis machinalement les obligations : debout, assis, ne feignant même pas les moments de méditation, je reste imperturbable, en fausses prières, (je n'ai jamais pu prier!) l’esprit complètement libéré, juste une écoute distraite des quelques témoignages, afin de me convaincre de connaître le défunt.
Mais j’ai beau creuser, je ne le reconnais pas, je vois cet homme rustre, austère, enfin tel qu’il se montrait de son vivant, rien à voir avec les flatteries dont on me fait détail.
Je ne peux qu’imaginer ce que B. pense de tous ces honneurs, que ces quelques témoins relatent avec plus ou moins de sincérité...

L’instant ultime approche, bien que l’assemblée se réfugie dans un dernier recueillement, B. se lève, prend sa guitare, et s’avance vers le micro, j’ai d’abords cru qu’il voulait briser la lassitude que provoque ce genre de méditation, ce moment où bons nombres attendent le signal de sortie pour aller boire la tasse de café,
mais non, je reconnais de suite les quelques accords de l’introduction de cette chanson, « billes de verre » de Maxime Leforestier.

Non, pas celle là, il ne pourra jamais !
La première phrase est terrible, mais elle sort, chevrotante :

« un bateau de bois emporte papa tout au bout de la terre »

Quelle sentence ...
J’ai mal au ventre pour lui, mais à mesure que les notes chantent, je comprends, en un quart de seconde, la démarche.
Là, je suis prêt à craquer, j’ai du mal a tenir la deuxième voix du refrain, je suis noyé par cette pensée.
Plus de dix ans de vide, l’impossibilité de communiquer, pourtant, je sais que B. avait des choses à dire, et, voilà l’instant où la mort l'autorise, juste le temps d’une chanson, à la réflexion, dire à son père ce qu’il n’a pu lui dire dix ans durant.

… « et il sera fier de moi » …

Oui, C., tu peux être fier de ton fils, lui aussi est en pleine réussite.
Certes sa victoire n’est pas celle que tu lui avais promise, mais elle est là, réelle, vivante comme un cœur battant, le partage de ce qui fait grandir les hommes :
« le bonheur d’être … »
N’est-ce pas là ce que tu lui conseillais, C., n’était-ce pas la conclusion de tes volontés ?
La rudesse de la vie que tu (t’) imposais, t’interdisais ce type de réflexion, mais aujourd’hui, le temps d’une chanson, la mort t’as rendu vivant, ouvrant le coeur d’un père aimant, cautérisant de la sorte la plaie béante d’un fils que l’amour inonde, et que tu as compris …

Merci B., pour ta sagesse.

Merci B., d’être mon ami, tout simplement …

21.10.05

Ton regard



Quelle heureuse découverte,
Je n’ai plus peur du supplice.
Jadis, je craignais de souffrir,
Quelle fadaise,
La crainte n’est elle pas elle même la pire des souffrances ?
La souffrance est le propre de l’être humain,
Il faut souffrir pour être beau
Il faut souffrir pour être en forme
Il faut souffrir pour être riche
Il faut souffrir pour être sage …
Je me suis subitement surpris à souffrir par mérite,
Comme s’il m’en coûtait de goûter aux délices de la vie .
Depuis j’ai trouvé refuge dans ton regard,
Solution providentielle,
Ton sourire me donne plus de sérénité que tous les antidépresseurs du monde …

7.10.05

Les vieilles lettres ...


Tout est tranquille.
La morosité coutumière s’épand comme l’ huile dans une poêle chaude.
Je ferme la porte pour confirmer ma claustration,
pour être bien certain de me dégager du monde des vivants.
Je lessive ma nuit au détersif de mes souvenirs.
Une dernière vodka que je couvre de baisers,
cherchant , le pied chancelant, mes anciennes lettres d’amour.
Quels plaisirs de retrouver la Véronique aux seins lourds,
celle qui signait ses galantes épîtres de la griffe du diable,
tant son être m’était visqueux, afin que je ne puisse le retenir,
glissant comme un orvet entre mes doigts.
Elle s’en est allée de corps en cœur et de cœur en corps,
déchirant la sensibilité de ses amants effrénés.
J’essaie désespérément de humer son doux parfum à travers le papier jauni,
mais le temps n’a imprimé qu’une fragrance de vieil écrit et de poussière,
qui mêlée aux effluves éthyliques me font tourner la tête.

Ma dipsomanie me rappelle que la dernière vodka, sera la suivante ...
Zut, il n’y a même plus de glaçon.
Après tout, pourquoi glacer le breuvage,
ne sert-il pas à réchauffer les âmes recluses ?
Bon Dieu, j’aurai encore eu raison de cette maudite fiole salvatrice.
Très vite je me donne bonne conscience,
c’est vrai que j’ai le cœur froid.

Aucune ingénue pour couvrir mon corps,
pas même une soubrette pour me réchauffer la soupe.
Juste une liasse de vieux papiers,
mémoire de mes vingt ans, du temps où j’étais beau.
C’est là que se cachent les Véro, Natacha, et autre Sandrine,
celles qui m’affirmaient leur amour,
que je pensais mettre un jour en cage.
Que m’y suis-je trompé.
Mais quoi de plus normal, même le canari m’a fait faux bon,
prenant son envol en profitant de mon égarement …
Je ne serai décidément jamais au bon endroit, au bon moment.
Pendu à ces vieilles lettres, je me rappelle les débauches impudiques,
tout y est transcrit, la date, l’heure, l’endroit, la manière, les sensations :

« (…) Mon cher ami, je n’aurai de cesse que de me
souvenir de ce vendredi, vingt heures, quand sur ce banc "oh combien publique" de la citadelle, vous me fîtes jouir de mil feux, mon ventre n’oubliera jamais ses plaisirs,
je vous serai éternellement redevable et reconnaissante de m’avoir transportée de la sorte, moi qui croyais tout connaître du coït
(…)»

Bien sûr elle n’oublierait jamais les plaisirs de son ventre.
Mais l’unique amant lasse …
Elle eut tôt fait de se donner à d’autres promis.
Qu’importe, j’aime à penser que leurs lettres sont en tous points pareilles aux miennes ...


Une larme coule le long de ma joue,
s’écrase sur la feuille, comme toutes les autres qui s’y sont applaties, ce doit être l’alcool. …

Je m’endors la tête lourde, les lèvres couchées sur ce ventre légendaire ...

2.10.05

Le vieil Edouard


Du fond du jardin, je vois passer lentement le corbillard qui emmène le vieil Edouard vers son ultime repos, le dernier tintement du glas me rappelle sauvagement de bouleversants souvenirs.
Derrière ma haie, je lui fais un salut de la main.
J’aimais bien le vieil Edouard.
Bien sûr, la déliquescence l’avait rattrapé ces dernières années, mais il racontait si bien la « grande guerre » comme il disait, des heures durant, l’indicible se narrait sans aucun tabou, il revivait ses épopées militaires, quand il jouait avec la mort, comme si elle n’avait jamais pu l’atteindre.
Triste erreur, la voilà triomphante aujourd’hui, après avoir jouer plus de quatre vingt années à cache-chache avec lui .
Pauvre vieux, à force d’avoir côtoyé la souffrance de trop près, il s’y était tant accoutumé, qu’il feignait de la subir, pire, de la connaître même, comme on peut ignorer sa douce qui vous plante là, sans crier gare !
Après quarante ans de vie commune, feindre l’indifférence pour n’avoir à souffrir le jour où la solitude vous vole votre moitié.

La Margueritte l’avait précédé il y a quatre ans déjà, emportée par une mauvaise grippe.
Jamais je ne le vis pleurer la perte de sa femme, même pas le jours des funérailles.
Il est vrai, qu’il était ancré à ses sacro-saints principes auxquels on ne déroge pas : ne jamais montrer de signes de faiblesses …
Et c’est vrai qu’il y tenait à ses principes.
Je me souviens, même trente ans auparavant,
alors que je n’étais encore qu’enfant, le mercredi après la classe, j’allais à l’atelier pour l’aider à réparer les vélos que lui laissaient ses clients.
Un jour, après avoir remis une maille à la chaîne d’un de ces vélos,
je laissai traîner le doigt en remettant la chaîne sur le pignon, m’entaillant profondément la phalange.
La douleur fut si vive que je ne pu retenir mes larmes, qui se mirent à couler le long de mes joues de marmot.

- Espèce de petit con, a-t-on idée de laisser ses doigts dans la chaîne pour la remettre en place, puis, il n’y a pas mort d’homme, pas besoin de gueuler comme un cochon qu’on saigne !

La Margueritte me pansa le doigt en grondant son bourreau de mari, lui rappelant que je n’étais qu’un gamin.
Lorsqu’il vit que je pleurais toujours, il me ceignit de ses bras musclés, et me serra très fort contre sa poitrine.
C’était ce genre d’étreinte qui vous fait oublier instantanément que vous souffrez, et dont vous voudriez ne plus jamais vous défaire. Il se fit bientôt plus doux dans la voix, cachant son regard de la vieille, pour ne pas qu’elle vit naître un semblant d’émotion dans ses yeux de rustre.

- Allez, quand on est un homme on ne pleure pas, rentre maintenant, tu pourras revenir quand tu auras compris ce que ça veut dire.

« Quand on est un homme, on ne pleure pas ! »

Dieu que cette phrase m’a trotté dans la tête,
mais moi, j’avais beau me persuader du bien-fondé de cette remarque, je ne comprenais pas , je n’étais qu’un gamin dont le doigt avait été sauvagement molesté, et par conséquent, il me semblait tout à fait justifié que je puisse pleurer pour la cause …

La semaine suivante, j’étais affolé de ne pas pouvoir lui dire que j’avais enfin compris, et j’osai à peine rentrer dans l’atelier, de peur de me faire éjecter aussi sec, mais au contraire, en guise de bonjour, j’eu droit à son âpreté habituelle :

- Ben quoi, c’est à cette heure ci que tu arrives ?
- Allez, remue toi les fesses « du dieu ! »
- Remets une nouvelle dynamo sur ce vélo, et choisis en une bonne, parce que celui là c’est le tien !


Je n’en cru pas mes oreilles, je lui sautai au cou, tellement j’étais heureux.
Mon premier vélo, moi qui pensais me faire jeter, je me voyais gratifier d’un vélo !
Alors que la Margueritte fit son entrée dans l’atelier, il arracha nonchalamment mes bras de son cou énorme, en crachant son amertume de circonstance :

- Bon, ben ça suffit maintenant, on est pas des tantouses non plus.
- Il faut remettre une selle sur le vélo de monsieur Ronvaux, et des nouveaux patins de freins sur celui de madame Dopagne.
- Alors active un peu le mouvement …


Cela m’avait tellement surpris, que j’en avais déduit qu’il avait un cœur de molle terre, de la glaise qui ne pleure jamais, mais qui est tant malléable qu’elle rebondit sans problème dans la poitrine.

Je lui ai rendu visite il y a deux mois, alors qu’il remplaçait un pneu complètement usé de ma vieille bicyclette, je lui demandais s’il n’avait pas trop le temps long depuis qu’il était seul.
Il eut cette drôle de réaction :

- ha ! gamin, la vie, c’est comme ta bicyclette, elle rouille de partout, puis un jour, elle se fend en deux, il faut alors réapprendre à marcher.
Moi, je n’y arrive plus, mes chaussures me font mal depuis que ma garce de Margueritte ne les cire plus.
- Alors je marche en savate, ça use plus vite, et quand elles seront trouées, je m’en irai lui dire deux mots à la vielle, pour qu’elle me prépare, à coup de pieds au cul, un bonne bassine d’eau bouillante et une décoction de moutarde pour soulager mes cors.


Il me regardait avec un sourire béa, un sourire de clown triste, qui me glaçait les artères.
J’avais pitié de ce vieux bonhomme que la solitude rongeait, je lui connaissais cette figure burinée depuis toujours, mais l’abandon dont il était victime lui avait creusé encore de plus profonds sillons sur le front, ses rides étaient tellement lourdes, qu’elles l’empêchaient de relever les sourcils, comme si elles avaient décidé d’imprimer une fois pour toutes la tristesse sur le visage de ce vieillard aux yeux secs…

- Va, mon bon Edouard, et quand tu verras la Margueritte, à défaut de lui caresser, botte lui les fesses, puisque telle est ta tendresse, après quoi, secrètement derrière les nuages, tu pourras lui faire l’amour, comme quand vous aviez vingt ans ...

29.9.05

Plaisirs défendus


La peau tendue par l’émotion
Deux cœurs battent à l’unisson
La panacée des amantes perdues
Quête inavouée des plaisirs défendus

Corps vacillants, transis de jouissance
Passage obligé de la quintessence
À hurler les chairs en déchirure
La complaisance du jeu perdure

Provocations sans cesse perpétuées
Chorégraphie indécente des voluptés
Ondulantes incurvations des hanches
Invitations à plus d’irrévérence

Les promises d’un soir se sont noyées d’intimité
Tour à tour raides puis liquéfiées
Usée d’allégresse, dans un dernier élan
L’étreinte s’éteint sur un corps vibrant …

23.8.05

Le funambule



Les mots se jouent de mes humeurs.
Nul doute, je voulais insuffler mes rires,
Et je couche des larmes sur le papier…

Tout sourire subit un implacable morphing,
Se travestit en rictus hideux.
Tantôt généreux rayons ardents,
Le soleil se met à pleurer.
Gouttes de lumières glacées,
Figeant mon regard absent.

Est-ce l’appétence du bonheur ?
Trop court pour être durable,
Trop long pour être chronique.

J’y suis, !
Juste une question d’équilibre …
La fortune n’est jamais endémique,
Il lui faut un antonyme pour exister.
L’aubaine engendrée par la calamité,
Ou, serait-ce l’inverse ?
Non, cela ne se peut,
J’aspire au bien-être,
Pas au désespoir.

Le temps d’une complaisance,
Qu’il est déjà trop tard pour la graver,
Aussitôt ronger par la souffrance.

… Rivalité du bien et du mal.
Et moi au centre comme un funambule,
Une corde souple sous les ballerines.
Pour avancer, le pied se libère
Tantôt à droite, tantôt à gauche.

Pourtant,un jour,
Les deux se dégageront du même côté…

Et puis … Je serai mort !

15.8.05

Je me souviens



Je me souviens d’une vieille cabane
Stigmatisant notre insouciance
D’un hamac de fortune
Tendu entre deux pignons

Je me souviens du soleil
Indiscrets et audacieux rayons
Éventrant la fine couche de ses satins
Je me souviens lissant une peau d’albâtre

Je me souviens d’un sein replet
Pointant fièrement sous l’œil avide
Je me souviens de l’étreinte
Qui fit durcir la plus haute cime

Je me souviens de ce duvet soyeux
Trop léger pour cacher la fleur de ses velours
Je me souviens de ce père suppliant
De ne pas la cueillir encore

Je me souviens des caresses
A ses rougeoyants pétales
Je me souviens de ce cris
lui rompant le calice

Je me souviens de la gêne
Couvrant nos corps d’enfants
Je me souviens du bonheur
De ces instants volés à l’innocence

Je me souviens de la perle
Glissant le long de ses joues
Transgression inavouée
De l’enfant devenue femme

... Je me souviens

Et un ange passe ...




Onze heures trente cinq.
Il fait décidément trop chaud, les trois quarts d'heure de route qui nous ont menés sur le parvis du palais des Papes d'Avignon, m'ont noyé de sueur, j'aurais dû prendre l'option airco à l'achat de ma voiture, je n'imaginais pas qu'il puisse faire aussi chaud, il est vrai que dans notre Belgique profonde, on ne dépasse que très rarement les 24 degrés, alors à quoi bon l'airco.

Pour nous rafraîchir, Serge nous proposa de prendre un verre, sur une des multiples terrasses qui font face aux imposantes marches du palais.
Tout le monde de tomber en extase devant la splendeur de cet édifice, orné de sculptures qui me font penser plus à des graffitis, qu'à de la pierre taillée, mais bon, je ferai contre mauvaise fortune, bon coeur, j'avais promis que nous viendrions ici pour faire plaisir à nos épouses, qui voulaient absolument voir ce site avant de rentrer au pays.
La bâtisse me laissant réellement de glace, je m'affairai à commander la tournée de collations rafraîchissantes, en attendant le retour du serveur, je lus distraitement les feuillets publicitaires reçus lors de mon arrivée sur la place.

Un léger coup de vent fit s'envoler une de mes brochures, je la ramassai, et, en me relevant, ma vue croisa une jeune fille anonyme assise sur les marches du parvis, pourtant, je faillis lui crier "salut toi" tant j'étais persuadé si de ne la connaître, au moins de déjà l'avoir rencontrée, dans le même temps, je me rendis compte que cela ne pouvait être que dans un rêve.
Je me gardai donc de la héler, me contentant d'observer ses longs cheveux châtains, ondulant aux caprices des vents, cachant de temps à autres la profondeur de son regard, ses yeux pénétrants, fixés sur je ne sais quoi ou qui, étaient d'un vert transparent, j'avais l'impression de voir le fond d'une bouteille de champagne à peine pétillant en pleine lumière, un petit top recouvrait sa poitrine rebondie, découvrant une petite perle éclatante de mil feu, qu'elle avait au nombril, une bande de tissus fixée par une cordelette autour de la taille, enroulait ses hanches, que la bise coquine dévoilait volontiers pour exposer, un petit morceau de soie légèrement fleurie, d'une fraîcheur, qui me fit oublier d'emblée la canicule, j'étais très embarrassé, je voulais à tout prix la quitter du regard, me forcer à redresser les yeux , mais lorsque je voulu poser mon attention sur le verre que le garçon vint de déposer devant moi, je ressentis, une vive douleur dans mes orbites, comme si mes yeux étaient fixés à un élastique trop tendu, prêt à rompre à n'importe quel moment, mon regard se retourna donc mécaniquement sur elle, j'étais vraiment gêné, j'avais peur qu'elle ne me surprenne en plein voyeurisme, mais je ne pouvais m'empêcher de la déshabiller du regard.
Un grand coup sur l'épaule me ramena à la raison,

- Bien alors, Roy, t'as pas soif ?
- Si bien sûr, je suis désècher comme une feuille morte ...

J'avalai ma choppe d'un trait, tellement ma gorge était tarie, et pour une fois, je me mis même à apprécier cette bière fadasse qu'on vous sert en France.
Lorsque je déposai mon verre vide sur le sous bock, cet ange passa à quelques pas de notre table, en me regardant, un sourire candide aux lèvres, dès qu'elle fut à ma hauteur, elle me fit un petit clin d'œil complice, que je lui rendis discrètement ...

Je ne sais plus ce que nous fîmes cette après-midi, mais ce dont je suis certain, c'est qu'elle fut des plus agréable …

Les accointances


Pourrais-je un jour
Imaginer la fusion de nos corps,
Au point de pleurer ta mort dans mon cercueil ?
Pourrais-je un jour
imaginer la fusion de nos pensées
Au point de te confondre dans mon éther ?

Idyllique esquisse.

Les corps se nouent
Se dénouent sans cesse,
Donnent du plaisir,
Puis le reprennent.
Les consciences se croisent
Se décroisent sans cesse,
Aiment à se mêler,
Puis se renient.

Ils s’avilissent l’un l’autre.
Lequel du corps ou de l’âme
Est le serf de l’autre ?

Toute l’élévation de la passion
Pour un instant de plaisir.
Tant d’instants de plaisir
Pour rassurer les sentiments.
Honneur des spiritualités,
Déshonneur des chairs.

À quoi bon la torture

La jouissance génère les passions
La passion engendre les voluptés
Ils sont le blanc et le noir
Deviennent le noir et le blanc
Mais jamais ils ne restent gris …

2.8.05

Si seulement tu n'étais rêve


… Si seulement tu n’étais rêve.
L’ éthique supplique serait en trêve.
Je me jouerais de la dévote vertu
Dans l’abstraction nous serions nus

… Il n’eut été plus doux que ta peau de satin.
Ton corps eut frémi de mille amoureux larcins.
Tant de fois je brûlai de pécher avec toi à Cythère.
En matière, nul doute, nous aurions fait affaire…

… Le temps passe, se targue de mon affable désir.
Sans vergogne, il s’approprie l’âme que je veux chérir.
Thanatos, je t’en conjure, coule en moi ta déchirure.
En ténèbres, il est dit que les songes perdurent …

1.8.05

Utopique exposé de l'affection



Je me focalise sur ce miroir,
il m’éclabousse d’images qui défilent à la vitesse de l’éclair.
Ma main ne peut suivre l’envolée.
Comme les roseaux se nouent au vent,
mes doigts se tordent à l’écriture.
L’encre de mon stylo crache le sang de mes artères trop tendues.
Tentions de l’instinct,
laissant ici et là une grosse tache volée à toutes mes confusions.

Le crissement de la bille sur le papier désespérément vierge
empêche la concentration de s’investir,
me rappelle la craie sur le tableau sombre
que le maître de classe blanchissait de mots que j’ignorais.
Cette ignorance me rattrape,
dès qu’une furtive pensée enfleure tes courbes,
je n’ai pas appris l’alphabet de ton corps,
la paraphrase est vaine.

Sensation singulière de mes cheveux qui ne sont plus,
qui pourtant se redressent,
j’entends leurs plaintes à pousser trop vite, trop fort,
à couvrir mon corps veineux,
que la honte cache au passant voyeur
Je ne serai décidément jamais l’interprète de l’effusion,
pas plus que de la démence des sens …

Pourtant j’aimerais l’écrire,
te décrire,
t’inscrire,
pour ne pas oublier …

1.7.05

Pulsions passionnées




Toute la nuit, j’ai lu au livre de ton corps
J’ai bu l’ivresse qui en jaillit.
Langue fouillant dans les ténèbres
L’endroit où elle serait au chaud.
Perdue dans des cuisses luisantes,
À la rencontre au creux des reins
D’une éminence fracturée,
Agrume exquis,
Ouvert.
Implorant que ma bavarde
Pour quelque temps s’y perde.

L’instant échauffe tes voluptés
Au point que le fruit abonde de sève,
Je me noie dans ses saveurs,
Inonde mon membre d’une noble fougue.
Tous mes fragments d’être
Ne font plus qu’un,
Cherchent inlassablement refuge
Dans tes ondulantes hanches.
Ce doux ondoiement explose nos sens,
Libère dans un râle partagé
L’euphorie d’une longue attente …

N’en déplaise à nos pairs,
Si nous avons manqué de révérences.
De toute façons
Nous ne serons jamais « sages »

30.6.05

Dilemme


En dépit de la bonne fortune
Qui m’accompagne ces derniers temps.
J’ai les sens trop aiguisés,
Au point de décapiter net tous mes plaisirs.
Mon esprit a inventé une guillotine
Pour méninges surexcités.

Étrange perception du cœur à rire,
Et des yeux à pleurer.
J’ai cru un certain temps,
Que c’était des larmes de joie,
Mais non,
Je ne pleure jamais,
Pas même la moindre envie,
Jamais…

Etude symptomatique de ce qui m’arrive,
Torture émotionnelle,
Vibrant hommage du trop réfléchi,
Je n’ai de cesse que de comprendre,
Mais comprendre quoi ?
Pourquoi ne suis je le commun des mortels ?

Cueillir une fleur des champs,
Juste pour en respirer le parfum,
Sans me demander si j’en avais le droit,
Ses arômes m’enivrent,
Que déjà je souffre de l’avoir ainsi mutilée.

Mais qu’aurait donc fait le « sage » ?
Sûr, que sans la déraciner,
Il se serait penché sur ma fleur,
Pour se griser de ses senteurs,
M’accusant d’être l’étrangleur des fleurs.

Triste constatation …

… Mais il est vrai que je ne suis pas "sage".

27.6.05

la déchirure


Si t’aimer est faire aux Dieux offense,
Alors châtie moi encore de tes étreintes
L’enfer me semblera bien doux logis
Je m’en irai donc mourir dans les flammes de l’oubli …

… Ils ont donc réussi,
Ils ont déployé le malin dans ton cœur.
Hésitante, tu deviens dubitative
La passion deviendrait-elle fébrile ?

Il faut donc que je me résigne
L’ amour m’est inaccessible.
Laisse moi choisir le jour ou tu me renieras,
Je désignerai un quelconque jour d’averse,
Afin que l’ondée dissimule mes larmes
Ainsi, je n’affligerai ton âme d’aucun regret
Tu pourras te récuser sans déplaisir,
Puisqu’ils ont embrumé tes rêves …

Il me restera toujours une corde
Et ce vieux chêne,
À qui, le corps ballant,
Je traduirai mon affliction
… Et il me comprendra …

11.6.05

Rancoeur d'une femme trompée


Sur son lit de déveine
Le regard vide
Il n’a de cesse de considérer
Toutes ses catins
Que naguère il troussa

Mendiant la rédemption
À celle qu’il châtia
De toutes ses fourberies
Quand l’échine courbée
Par le trop lourd fardeau du passé
L’amant aux cent cœurs
Veut implorer pardon
Avant le trépas,
L’âme trop fausse
Déchiquetée par la vergogne
L’outrage dégoulinant encore
De sa flasque verge.
Elle ne peut que l’implorer
- Quitte ce monde que tu as sali !

Aujourd’hui, demain peut-être …
Sur son hypogée
Elle écrira son épitaphe :

« Passante, ne t’arrête pas, cet homme t’a humiliée … »

27.5.05

Rencontre


Le cœur noué, j’angoisse …
Et s’ils ne venaient pas, si tout ceci n’était que rêve ?
Non, je suis sûr, je les connais …
… J’ai fait du café,
quel con ! je ne sais même pas s’ils en boivent !
Bon, ce n’est pas grave, il y a du jus d’orange, si je me souviens, c’est ce qu’ils préfèrent,
Misère, cette horloge est arrêtée, il me semble qu’il est huit heures quarante cinq depuis une heure, j’hallucine, j’en perd mes sens.
Zut, le petit déjeuner … j’ai oublié,vite les croissants, les pains au chocolat, le boulanger …
Je ne sais même plus où il habite ?
Je dois transmettre tout mon tourment, ma douce s’emballe gentiment,
- Calme-toi, on dirait un gamin qui va fumer sa première cigarette !
Tout est prêt, je file chez le boulanger,.
… mais, ce sont eux qui viennent de passer là, sous mon nez,
bon dieu, ils se trompent, ce n’est pas le bon chemin, j’hésite, je vais les rattraper,
non, il feront demi tour, ça me laissera le temps d’aller faire les dernières courses.
Seigneur, deux kilomètres de route pour la pâtisserie, et cette petite vieille qui n’en finit pas de raconter les malheurs de son chat écrasé la vielle, ça y est, enfin, c’est mon tour, zut, je ne sais plus, heu … ha oui, des croissants des pains au chocolat.
Sur le chemin du retour, je me fais le film de la journée, déjeuner, marché en ville, l’hôtel, les préparatifs de la fête, la soirée…
Et puis, je m’en fiche, on improvisera, je nage dans ma pensée, je suis heureux, je ne me rends même pas compte que la voiture qui est garée devant la maison est la leur, ce n’est qu’au moment de stationner que je m’éveille.
J’ai leur cœur qui s’emballe, j’attrape distraitement le sachet du déjeuner.
Les voilà, je les vois par la fenêtre, ils sont là en vrai, j’y crois pas, mais je les reconnais, je les aurais reconnu entre mille de toute façon.
À mesure que je monte les escaliers, je m’apaise, plus de stress, plus d’angoisse, je me surprends même à être incroyablement serein.
On s’embrasse, quelle sensation de plaisir, je savais que je les affectionnerais d’emblé, c’était écrit, là, dans mon âme.
Je me traite de con, comment ai-je pu douter ainsi, manque de confiance peut-être.

Le programme de la journée est quelque peu chamboulé, sans importance, on rie,on s’amuse, bref, le partage du bonheur, et comble, ils apprécient mon café …

Aujourd’hui, la surprise n’est plus, mais c’est la concrétisation d’une nouvelle amitié, et je sais qu’elle sera durable …

20.4.05

Charmes chimériques


L’éminence de la féminité s’affirme si celle-ci se nourrit de vertus inavouées que seule l’âme cache dans les profondeurs du désir les moins sondables de son exaltation.

Ainsi donc, la beauté du corps, n’a d’égale que sa fragilité, sous l’étreinte d’une main affidée scrutant chaque angle de l’émoi, là, où la chair ne peut que chavirer, car déjà elle bifurque pour mieux abandonner à cette intruse adulation, le trouble de son intimité, là où la trépidation du cœur devient l’effervescence d’un sein, et, faisant chemin, là même, où le roulis des hanches trahit la déchirure des cuisses.

La caresse libertine devient désormais le miroir triomphal de la séduction.

Ainsi, FEMME , qu’à n’en douter, « Dame Nature » fit quelconque, frémit à la souplesse d’une virile poigne, qui ecchymose ses fragilités, puis, elle n’en finit de se contempler dans sa turpitude, se mire dans ses audaces vénériennes .
Alors assurément, par la brillance de sa peau meurtrie, quelqu’ amant la trouve enchanteresse .

La véhémence de l’ingénue désirée devient inéluctable, pour qui saura la convoiter.

10.4.05

Les jouvencelles du vice


… Lasse d’avoir abandonné encore une fois son corps à cet abject liquide glauque que lui offrent ses furtifs amants, elle ramasse pour la cinquième fois ce soir, cette ficelle qui lui lacère ses fragilités, pleure de honte en offrant le fruit de ses mérites à ce salop de cousin qui l’attend dans l’arrière-salle.
Il lui avait pourtant promis la luxuriance, si elle le suivait dans ce pays.

- Si tu restes avec le vieux, tu crèveras de misère ... Là où je vis, l’argent règne en maître,

lui avait-il certifié.
Il ne lui avait pas dit que l’hymen était roi dans son royaume …

- Oh, papé … papé … qu’ai-je fait ?

Allez … se reprendre, oui, supporter, surtout éviter les coups de ceinture … oh seigneur, éviter les coups de ceinture …

… elle se réinstalle dans son étalage libertin, cette vitrine que le regard des hommes avides de chairs juvéniles, ruisselantes et chaudes, a tant salie, et qui est aussi vite lavée par les larmes des grenouilles de bénitier, qui par compassion, pleurent le sort de ces jouvencelles, mais les jalousent secrètement, car elles savent que ces infantiles douceurs sont utiles à leur mari.

… Assise dans ce fauteuil d’osier, le string trop étroit pour cacher sa fragile intimité, elle se remet à rêver, une petite photo, seul souvenir de son grand père, pressée contre son cœur …
… On frappe à la vitre ,

- Dis, petite, c’est combien pour une pipe…

28.3.05

Le Temps ...


Le temps est chapardeur,
dès qu’il t’a donné vie, il te l’enlève un peu plus chaque jour.

Le temps est hypocrite,
il n’est jamais là quand tu en as besoin, et quand tu l’as, tu t’ennuies.

Le temps est beau parleur,
il te dira toujours : ça ira mieux demain.

Le temps est ravageur,
chaque matin il grave une ride plus profonde sur les visages.

Le temps est hâbleur,
quand tu dis : maintenant, le « maintenant » n’est déjà plus.

Le temps est un G.P.S. infaillible,
il te conduit sans faille au trépas.

Le temps est tricheur,
il connaît ton fatum, mais il te le cache.

Le temps est blasphème,
il se prend pour la sainte trinité « … hier, aujourd’hui, demain … »

Le temps est fourbe,
tout le monde le connaît, mais personne ne sait où il demeure.

Le temps est mauvais conseiller,
il te parle, mais jamais il ne t’écoute.

Le temps est sangsue,
tu ne peux pas l’éviter, ne fusse qu’une seule seconde.

Le temps est abuseur,
il masturbe ton âme, sans que tu ne puisses le voir.

Le temps est voyeur,
il trahit nos émois, mais nous laisse le soin de les assumer.

Le temps est narquois,
il se dérobe chaque fois que tu veux conclure.

Le temps est dogmatique,
... Ne remets pas à demain, ce que tu peux faire aujourd’hui …

Le temps …

19.3.05

à Marie


Ce soir, un chœur m’endort dans une prière de Dante,
je ne sais pourquoi j’ai choisi cette intention pour mon sommeil, peut-être ai-je envie de pleurer.
Mes paupières deviennent lourdes, comme si chacun de mes cils retenait une perle d'acier au bout d’un fil, elles me font mal, et les yeux forcément clos, je sombre dans l’abyme de la nuit, là où les âmes se rencontrent et se parlent du temps d’avant, du temps où on était heureux.
Il me serait tant agréable, qu’une d’entre elles me semble familière.
Que de chemins parcourus, pour arriver jusqu' ici, il m’a fallu traverser cent cieux et cent univers, pour pénétrer dans la brume des trépassés ...

... Mehach, créature de beauté et de mystère, m’y accueille.
Elle me fait signe, me parle dans une langue que j’ignore, mais que je comprends,
je lui tends la main, pour qu’elle me guide, mais elle refuse de me la prendre, prétextant qu’il n’est encore l’heure d’en finir, si nos mains devaient se joindre, elles le resteraient à jamais.
D’un geste gracieux, approchant les lèvres de ses mains, elle souffle sur ses paumes, d’où s’envolent, dans une infinie légèreté, des millions de poussières d’âmes, plus dorées que les rayons du soleil de midi.
Vois, me dit-elle, il n’en est aucune qui ne m’ait donné, jadis, la main, et, le soir, quand les hommes s’endorment, je les laisse plonger dans les âmes vivantes qui s’en viennent m’en faire requête.
D’ailleurs, je suppose que c’est cela que tu viens me quémander ?
Je l’ignore, lui dis-je.
Je crois que mes vœux se sont perdus dans la plénitude des étoiles, je voulais voir, au delà de nos frontières, mes gens qui me sont chers.
Je sais, me dit elle dans un sourire frondeur, je l’ai lu dans ta mémoire.

Cette multitude de pépites d’or virevolte au dessus de ma tête, comme un gigantesque essaim d’abeilles frayant en son antre un chemin pour libérer celle qui pour moi ce soir en serait reine.
Un arc-en-ciel retourné, sert de passerelle, voilà que la reine se met en boule et roule en se gonflant de mille feux pour prendre forme humaine, comme une boule de neige, qui dévale la pente abrupte de la colline en grossissant tant, qu’elle pourrait engloutir le chalet qui la nargue en contre bas.

Cette lumière ...
Aveuglé, j’ai du mal à distinguer.
Est-ce toi Marie, ?
Réponds moi, je t’en supplie, je n’y vois rien.
Sa douce voix me rappelle à nos souvenirs, je suis si heureux que mon cœur en noie mon âme de ses chaudes larmes …
J'essaye de lui répondre, j'ai besoin de lui parler, lui dire que depuis, ma mémoire est vide, mais pas le moindre son ne sort de ma bouche, je suis effrayé, quel est donc ce stratagème ?
Ne parlons nous plus le même language, je ne cesse de l'entendre, et je ne puis lui parler.
La lumière s'est tamisée, c'est bien elle que je distingue, elle est là devant moi, qui me sourit.

Pourquoi hurles tu de la sorte ? Me fait-elle gentiment remarquer.
Ici, il n'est nul besoin de parler pour s'entendre,
Comment cela se peut-il ? mon ouïe ne peut écouter le silence des mots ! je n'y comprend rien.

Plus tard, quand tu croiras, tu saisiras ...

… Il est cinq heures quarante cinq, avec une rare brutalité, l’horrible sonnerie de mon réveil m’extrait de mon bonheur.
Haletant, suffocant presque, noyé de sueur, je reprends mes esprits, j’ai froid, j’espérais que la nuit ne finisse pas ...

... Qu’importe le songe, sûr, qu’un de ces matins brumeux , Mehach me tendra la main,
alors, si pour mes yeux, le jour ne se lève, je sais désormais que mon âme sera éclaboussée de sa lumière ...

14.3.05

L'ensorceleuse



Qui es tu qui chavire mon être ?
Mes os tremblent de tout leur long chaque fois que je te respire.
Sensations singulières, où, douleurs et plaisirs se côtoient.
Jean qui rit de bonheur, et Jean qui pleure d’angoisse, c’est trop, je ne souffrirai de te perdre, comment pourrais-je t’effacer de mes émois ?
Cette fois ça y est, j’ai trouvé, il suffirait que pour un petit instant je t’éloigne, une quelconque diva fera bien l’affaire.
Je clos les paupières et j’imagine un autre corps.
Dieu, que cette image est trouble, il me faut régler la profondeur de champ ...
J’ai peur, qui pourrait bien te remplacer …
Divine sorcellerie, c’est encore toi qui sors du brouillard de mes mirettes.
Curieux, j’ai beau fermer les yeux, plonger dans la moiteur d’un corps,ce sont tes courbes que j’effleure, c’est chaque fois toi que je caresse .
J’ai honte, j’ai cru un jour pouvoir te suppléer, par plus enchanteresse.
Que m’y suis-je trompé, l’amour est plus fort que l’avidité.
Je convoitais tes charmes, et tu m’as offert ton âme.
Je désirais ton être, et tu m’as donner ta vie.
Je désirais ta chair, et tu m’as donné ses fruits.
Puisqu’il me faut peiner pour te chérir,

comme de ma vie je ne puis te bannir, alors, je mourai de mil tortures ...
… cette souffrance est ma félicité.
Je t’aime tant …