28.3.05

Le Temps ...


Le temps est chapardeur,
dès qu’il t’a donné vie, il te l’enlève un peu plus chaque jour.

Le temps est hypocrite,
il n’est jamais là quand tu en as besoin, et quand tu l’as, tu t’ennuies.

Le temps est beau parleur,
il te dira toujours : ça ira mieux demain.

Le temps est ravageur,
chaque matin il grave une ride plus profonde sur les visages.

Le temps est hâbleur,
quand tu dis : maintenant, le « maintenant » n’est déjà plus.

Le temps est un G.P.S. infaillible,
il te conduit sans faille au trépas.

Le temps est tricheur,
il connaît ton fatum, mais il te le cache.

Le temps est blasphème,
il se prend pour la sainte trinité « … hier, aujourd’hui, demain … »

Le temps est fourbe,
tout le monde le connaît, mais personne ne sait où il demeure.

Le temps est mauvais conseiller,
il te parle, mais jamais il ne t’écoute.

Le temps est sangsue,
tu ne peux pas l’éviter, ne fusse qu’une seule seconde.

Le temps est abuseur,
il masturbe ton âme, sans que tu ne puisses le voir.

Le temps est voyeur,
il trahit nos émois, mais nous laisse le soin de les assumer.

Le temps est narquois,
il se dérobe chaque fois que tu veux conclure.

Le temps est dogmatique,
... Ne remets pas à demain, ce que tu peux faire aujourd’hui …

Le temps …

19.3.05

à Marie


Ce soir, un chœur m’endort dans une prière de Dante,
je ne sais pourquoi j’ai choisi cette intention pour mon sommeil, peut-être ai-je envie de pleurer.
Mes paupières deviennent lourdes, comme si chacun de mes cils retenait une perle d'acier au bout d’un fil, elles me font mal, et les yeux forcément clos, je sombre dans l’abyme de la nuit, là où les âmes se rencontrent et se parlent du temps d’avant, du temps où on était heureux.
Il me serait tant agréable, qu’une d’entre elles me semble familière.
Que de chemins parcourus, pour arriver jusqu' ici, il m’a fallu traverser cent cieux et cent univers, pour pénétrer dans la brume des trépassés ...

... Mehach, créature de beauté et de mystère, m’y accueille.
Elle me fait signe, me parle dans une langue que j’ignore, mais que je comprends,
je lui tends la main, pour qu’elle me guide, mais elle refuse de me la prendre, prétextant qu’il n’est encore l’heure d’en finir, si nos mains devaient se joindre, elles le resteraient à jamais.
D’un geste gracieux, approchant les lèvres de ses mains, elle souffle sur ses paumes, d’où s’envolent, dans une infinie légèreté, des millions de poussières d’âmes, plus dorées que les rayons du soleil de midi.
Vois, me dit-elle, il n’en est aucune qui ne m’ait donné, jadis, la main, et, le soir, quand les hommes s’endorment, je les laisse plonger dans les âmes vivantes qui s’en viennent m’en faire requête.
D’ailleurs, je suppose que c’est cela que tu viens me quémander ?
Je l’ignore, lui dis-je.
Je crois que mes vœux se sont perdus dans la plénitude des étoiles, je voulais voir, au delà de nos frontières, mes gens qui me sont chers.
Je sais, me dit elle dans un sourire frondeur, je l’ai lu dans ta mémoire.

Cette multitude de pépites d’or virevolte au dessus de ma tête, comme un gigantesque essaim d’abeilles frayant en son antre un chemin pour libérer celle qui pour moi ce soir en serait reine.
Un arc-en-ciel retourné, sert de passerelle, voilà que la reine se met en boule et roule en se gonflant de mille feux pour prendre forme humaine, comme une boule de neige, qui dévale la pente abrupte de la colline en grossissant tant, qu’elle pourrait engloutir le chalet qui la nargue en contre bas.

Cette lumière ...
Aveuglé, j’ai du mal à distinguer.
Est-ce toi Marie, ?
Réponds moi, je t’en supplie, je n’y vois rien.
Sa douce voix me rappelle à nos souvenirs, je suis si heureux que mon cœur en noie mon âme de ses chaudes larmes …
J'essaye de lui répondre, j'ai besoin de lui parler, lui dire que depuis, ma mémoire est vide, mais pas le moindre son ne sort de ma bouche, je suis effrayé, quel est donc ce stratagème ?
Ne parlons nous plus le même language, je ne cesse de l'entendre, et je ne puis lui parler.
La lumière s'est tamisée, c'est bien elle que je distingue, elle est là devant moi, qui me sourit.

Pourquoi hurles tu de la sorte ? Me fait-elle gentiment remarquer.
Ici, il n'est nul besoin de parler pour s'entendre,
Comment cela se peut-il ? mon ouïe ne peut écouter le silence des mots ! je n'y comprend rien.

Plus tard, quand tu croiras, tu saisiras ...

… Il est cinq heures quarante cinq, avec une rare brutalité, l’horrible sonnerie de mon réveil m’extrait de mon bonheur.
Haletant, suffocant presque, noyé de sueur, je reprends mes esprits, j’ai froid, j’espérais que la nuit ne finisse pas ...

... Qu’importe le songe, sûr, qu’un de ces matins brumeux , Mehach me tendra la main,
alors, si pour mes yeux, le jour ne se lève, je sais désormais que mon âme sera éclaboussée de sa lumière ...

14.3.05

L'ensorceleuse



Qui es tu qui chavire mon être ?
Mes os tremblent de tout leur long chaque fois que je te respire.
Sensations singulières, où, douleurs et plaisirs se côtoient.
Jean qui rit de bonheur, et Jean qui pleure d’angoisse, c’est trop, je ne souffrirai de te perdre, comment pourrais-je t’effacer de mes émois ?
Cette fois ça y est, j’ai trouvé, il suffirait que pour un petit instant je t’éloigne, une quelconque diva fera bien l’affaire.
Je clos les paupières et j’imagine un autre corps.
Dieu, que cette image est trouble, il me faut régler la profondeur de champ ...
J’ai peur, qui pourrait bien te remplacer …
Divine sorcellerie, c’est encore toi qui sors du brouillard de mes mirettes.
Curieux, j’ai beau fermer les yeux, plonger dans la moiteur d’un corps,ce sont tes courbes que j’effleure, c’est chaque fois toi que je caresse .
J’ai honte, j’ai cru un jour pouvoir te suppléer, par plus enchanteresse.
Que m’y suis-je trompé, l’amour est plus fort que l’avidité.
Je convoitais tes charmes, et tu m’as offert ton âme.
Je désirais ton être, et tu m’as donner ta vie.
Je désirais ta chair, et tu m’as donné ses fruits.
Puisqu’il me faut peiner pour te chérir,

comme de ma vie je ne puis te bannir, alors, je mourai de mil tortures ...
… cette souffrance est ma félicité.
Je t’aime tant …