23.8.05

Le funambule



Les mots se jouent de mes humeurs.
Nul doute, je voulais insuffler mes rires,
Et je couche des larmes sur le papier…

Tout sourire subit un implacable morphing,
Se travestit en rictus hideux.
Tantôt généreux rayons ardents,
Le soleil se met à pleurer.
Gouttes de lumières glacées,
Figeant mon regard absent.

Est-ce l’appétence du bonheur ?
Trop court pour être durable,
Trop long pour être chronique.

J’y suis, !
Juste une question d’équilibre …
La fortune n’est jamais endémique,
Il lui faut un antonyme pour exister.
L’aubaine engendrée par la calamité,
Ou, serait-ce l’inverse ?
Non, cela ne se peut,
J’aspire au bien-être,
Pas au désespoir.

Le temps d’une complaisance,
Qu’il est déjà trop tard pour la graver,
Aussitôt ronger par la souffrance.

… Rivalité du bien et du mal.
Et moi au centre comme un funambule,
Une corde souple sous les ballerines.
Pour avancer, le pied se libère
Tantôt à droite, tantôt à gauche.

Pourtant,un jour,
Les deux se dégageront du même côté…

Et puis … Je serai mort !

15.8.05

Je me souviens



Je me souviens d’une vieille cabane
Stigmatisant notre insouciance
D’un hamac de fortune
Tendu entre deux pignons

Je me souviens du soleil
Indiscrets et audacieux rayons
Éventrant la fine couche de ses satins
Je me souviens lissant une peau d’albâtre

Je me souviens d’un sein replet
Pointant fièrement sous l’œil avide
Je me souviens de l’étreinte
Qui fit durcir la plus haute cime

Je me souviens de ce duvet soyeux
Trop léger pour cacher la fleur de ses velours
Je me souviens de ce père suppliant
De ne pas la cueillir encore

Je me souviens des caresses
A ses rougeoyants pétales
Je me souviens de ce cris
lui rompant le calice

Je me souviens de la gêne
Couvrant nos corps d’enfants
Je me souviens du bonheur
De ces instants volés à l’innocence

Je me souviens de la perle
Glissant le long de ses joues
Transgression inavouée
De l’enfant devenue femme

... Je me souviens

Et un ange passe ...




Onze heures trente cinq.
Il fait décidément trop chaud, les trois quarts d'heure de route qui nous ont menés sur le parvis du palais des Papes d'Avignon, m'ont noyé de sueur, j'aurais dû prendre l'option airco à l'achat de ma voiture, je n'imaginais pas qu'il puisse faire aussi chaud, il est vrai que dans notre Belgique profonde, on ne dépasse que très rarement les 24 degrés, alors à quoi bon l'airco.

Pour nous rafraîchir, Serge nous proposa de prendre un verre, sur une des multiples terrasses qui font face aux imposantes marches du palais.
Tout le monde de tomber en extase devant la splendeur de cet édifice, orné de sculptures qui me font penser plus à des graffitis, qu'à de la pierre taillée, mais bon, je ferai contre mauvaise fortune, bon coeur, j'avais promis que nous viendrions ici pour faire plaisir à nos épouses, qui voulaient absolument voir ce site avant de rentrer au pays.
La bâtisse me laissant réellement de glace, je m'affairai à commander la tournée de collations rafraîchissantes, en attendant le retour du serveur, je lus distraitement les feuillets publicitaires reçus lors de mon arrivée sur la place.

Un léger coup de vent fit s'envoler une de mes brochures, je la ramassai, et, en me relevant, ma vue croisa une jeune fille anonyme assise sur les marches du parvis, pourtant, je faillis lui crier "salut toi" tant j'étais persuadé si de ne la connaître, au moins de déjà l'avoir rencontrée, dans le même temps, je me rendis compte que cela ne pouvait être que dans un rêve.
Je me gardai donc de la héler, me contentant d'observer ses longs cheveux châtains, ondulant aux caprices des vents, cachant de temps à autres la profondeur de son regard, ses yeux pénétrants, fixés sur je ne sais quoi ou qui, étaient d'un vert transparent, j'avais l'impression de voir le fond d'une bouteille de champagne à peine pétillant en pleine lumière, un petit top recouvrait sa poitrine rebondie, découvrant une petite perle éclatante de mil feu, qu'elle avait au nombril, une bande de tissus fixée par une cordelette autour de la taille, enroulait ses hanches, que la bise coquine dévoilait volontiers pour exposer, un petit morceau de soie légèrement fleurie, d'une fraîcheur, qui me fit oublier d'emblée la canicule, j'étais très embarrassé, je voulais à tout prix la quitter du regard, me forcer à redresser les yeux , mais lorsque je voulu poser mon attention sur le verre que le garçon vint de déposer devant moi, je ressentis, une vive douleur dans mes orbites, comme si mes yeux étaient fixés à un élastique trop tendu, prêt à rompre à n'importe quel moment, mon regard se retourna donc mécaniquement sur elle, j'étais vraiment gêné, j'avais peur qu'elle ne me surprenne en plein voyeurisme, mais je ne pouvais m'empêcher de la déshabiller du regard.
Un grand coup sur l'épaule me ramena à la raison,

- Bien alors, Roy, t'as pas soif ?
- Si bien sûr, je suis désècher comme une feuille morte ...

J'avalai ma choppe d'un trait, tellement ma gorge était tarie, et pour une fois, je me mis même à apprécier cette bière fadasse qu'on vous sert en France.
Lorsque je déposai mon verre vide sur le sous bock, cet ange passa à quelques pas de notre table, en me regardant, un sourire candide aux lèvres, dès qu'elle fut à ma hauteur, elle me fit un petit clin d'œil complice, que je lui rendis discrètement ...

Je ne sais plus ce que nous fîmes cette après-midi, mais ce dont je suis certain, c'est qu'elle fut des plus agréable …

Les accointances


Pourrais-je un jour
Imaginer la fusion de nos corps,
Au point de pleurer ta mort dans mon cercueil ?
Pourrais-je un jour
imaginer la fusion de nos pensées
Au point de te confondre dans mon éther ?

Idyllique esquisse.

Les corps se nouent
Se dénouent sans cesse,
Donnent du plaisir,
Puis le reprennent.
Les consciences se croisent
Se décroisent sans cesse,
Aiment à se mêler,
Puis se renient.

Ils s’avilissent l’un l’autre.
Lequel du corps ou de l’âme
Est le serf de l’autre ?

Toute l’élévation de la passion
Pour un instant de plaisir.
Tant d’instants de plaisir
Pour rassurer les sentiments.
Honneur des spiritualités,
Déshonneur des chairs.

À quoi bon la torture

La jouissance génère les passions
La passion engendre les voluptés
Ils sont le blanc et le noir
Deviennent le noir et le blanc
Mais jamais ils ne restent gris …

2.8.05

Si seulement tu n'étais rêve


… Si seulement tu n’étais rêve.
L’ éthique supplique serait en trêve.
Je me jouerais de la dévote vertu
Dans l’abstraction nous serions nus

… Il n’eut été plus doux que ta peau de satin.
Ton corps eut frémi de mille amoureux larcins.
Tant de fois je brûlai de pécher avec toi à Cythère.
En matière, nul doute, nous aurions fait affaire…

… Le temps passe, se targue de mon affable désir.
Sans vergogne, il s’approprie l’âme que je veux chérir.
Thanatos, je t’en conjure, coule en moi ta déchirure.
En ténèbres, il est dit que les songes perdurent …

1.8.05

Utopique exposé de l'affection



Je me focalise sur ce miroir,
il m’éclabousse d’images qui défilent à la vitesse de l’éclair.
Ma main ne peut suivre l’envolée.
Comme les roseaux se nouent au vent,
mes doigts se tordent à l’écriture.
L’encre de mon stylo crache le sang de mes artères trop tendues.
Tentions de l’instinct,
laissant ici et là une grosse tache volée à toutes mes confusions.

Le crissement de la bille sur le papier désespérément vierge
empêche la concentration de s’investir,
me rappelle la craie sur le tableau sombre
que le maître de classe blanchissait de mots que j’ignorais.
Cette ignorance me rattrape,
dès qu’une furtive pensée enfleure tes courbes,
je n’ai pas appris l’alphabet de ton corps,
la paraphrase est vaine.

Sensation singulière de mes cheveux qui ne sont plus,
qui pourtant se redressent,
j’entends leurs plaintes à pousser trop vite, trop fort,
à couvrir mon corps veineux,
que la honte cache au passant voyeur
Je ne serai décidément jamais l’interprète de l’effusion,
pas plus que de la démence des sens …

Pourtant j’aimerais l’écrire,
te décrire,
t’inscrire,
pour ne pas oublier …