7.10.05

Les vieilles lettres ...


Tout est tranquille.
La morosité coutumière s’épand comme l’ huile dans une poêle chaude.
Je ferme la porte pour confirmer ma claustration,
pour être bien certain de me dégager du monde des vivants.
Je lessive ma nuit au détersif de mes souvenirs.
Une dernière vodka que je couvre de baisers,
cherchant , le pied chancelant, mes anciennes lettres d’amour.
Quels plaisirs de retrouver la Véronique aux seins lourds,
celle qui signait ses galantes épîtres de la griffe du diable,
tant son être m’était visqueux, afin que je ne puisse le retenir,
glissant comme un orvet entre mes doigts.
Elle s’en est allée de corps en cœur et de cœur en corps,
déchirant la sensibilité de ses amants effrénés.
J’essaie désespérément de humer son doux parfum à travers le papier jauni,
mais le temps n’a imprimé qu’une fragrance de vieil écrit et de poussière,
qui mêlée aux effluves éthyliques me font tourner la tête.

Ma dipsomanie me rappelle que la dernière vodka, sera la suivante ...
Zut, il n’y a même plus de glaçon.
Après tout, pourquoi glacer le breuvage,
ne sert-il pas à réchauffer les âmes recluses ?
Bon Dieu, j’aurai encore eu raison de cette maudite fiole salvatrice.
Très vite je me donne bonne conscience,
c’est vrai que j’ai le cœur froid.

Aucune ingénue pour couvrir mon corps,
pas même une soubrette pour me réchauffer la soupe.
Juste une liasse de vieux papiers,
mémoire de mes vingt ans, du temps où j’étais beau.
C’est là que se cachent les Véro, Natacha, et autre Sandrine,
celles qui m’affirmaient leur amour,
que je pensais mettre un jour en cage.
Que m’y suis-je trompé.
Mais quoi de plus normal, même le canari m’a fait faux bon,
prenant son envol en profitant de mon égarement …
Je ne serai décidément jamais au bon endroit, au bon moment.
Pendu à ces vieilles lettres, je me rappelle les débauches impudiques,
tout y est transcrit, la date, l’heure, l’endroit, la manière, les sensations :

« (…) Mon cher ami, je n’aurai de cesse que de me
souvenir de ce vendredi, vingt heures, quand sur ce banc "oh combien publique" de la citadelle, vous me fîtes jouir de mil feux, mon ventre n’oubliera jamais ses plaisirs,
je vous serai éternellement redevable et reconnaissante de m’avoir transportée de la sorte, moi qui croyais tout connaître du coït
(…)»

Bien sûr elle n’oublierait jamais les plaisirs de son ventre.
Mais l’unique amant lasse …
Elle eut tôt fait de se donner à d’autres promis.
Qu’importe, j’aime à penser que leurs lettres sont en tous points pareilles aux miennes ...


Une larme coule le long de ma joue,
s’écrase sur la feuille, comme toutes les autres qui s’y sont applaties, ce doit être l’alcool. …

Je m’endors la tête lourde, les lèvres couchées sur ce ventre légendaire ...

2 commentaires:

P. a dit…

L'amour !
l'amour
tu crois ?
je ne suis pas
de toi
jamais
de rien
merci
accroche
laisse, laisse.

Anonyme a dit…

D'une lettre à l'autre, pourtant un lien, fort réel... Toi...
Elles t'ont aimé, elles t'ont quitté mais une part de toi les a construite, et une peu d'aile en toi a été inscrit... Les liens ne sont pas fait pour durer, ils s'usent inexorablement... hélas oui mais toutes nos expériences nous permettent de devenir d'habile métier à tisser... Tissons, lions... et gageons quelques lionnes lascives viendront, encore se glisser dans tes filets si jolis