15.12.05

Le bonheur


Le bonheur est un vit
enflant à ses désirs comblés.
Comme une baudruche
se gobergeant d’hélium.
L’exaltation finit dans l’explosion
du trop-plein de jouissance.
Alors,
et, alors seulement
il s’accomplit dans le partage.

Le bonheur n’est exclusif
que nourri de mille plaisirs.
Son offrande est infinie,
à mesure que l’essence abonde …

13.12.05

Que n'ai-je pas fait ... ?


Le spectre de Théa me hante depuis des heures, des jours, des nuits,
enfin, depuis que j’ai serré dans mes bras de grand costaud au cœur de faux dur, cette enfant raide et froide, sortie tout droit d’un frigo de l’hôpital, forçant mes yeux, taris par mon trop plein de souffrance, à perler sur ce doux visage d’enfant martyr .
Cette sensation de froid m’obsède.
Non pas que je me projette encore le film de ce qu’elle a dû subir, j’ai déjà fait tout le tour de ces horribles visions, vomissant systématiquement le maigre repas qu'il m’est nécessaire pour ne pas sombrer dans la plus profonde des déprimes.
Non, depuis peu, mon cerveau s’embrume de pensées nauséeuses, comme si mon crâne s’était transformé en latrines de la raison.
Je défèque mes rancœurs sur tous ceux qui me disent que l’on n’y pouvait rien changer.

- Tiens donc !
Même la haute magistrature s’adonne sans aucune retenue à ce faux-fuyant.
Comme si l’indifférence effaçait toute responsabilité …
Pourtant, Dieu sait si nous sommes, si, je suis responsable de n’avoir rien vu, ou plutôt si, d’avoir vu, mais de ne pas avoir compris, de ne pas avoir su imaginer que la mort pointait son nez à chaque virgule de mes pensées, que je voulais sans cesse rassurantes.
Je pourrais franchement postuler pour un rôle dans une série de police scientifique à dix sous de la télé américaine.
À Force, je connais mon script par cœur, sans jamais l’avoir étudié.
L’acteur que je serais,
ne jouerait pas un personnage, mais c’est le personnage qui deviendrait acteur.
J’imagine aisément ma scène, appuyé à la barre, transi, tremblant de tous mes membres, non pas de froid, mais de peur et de honte :

- … « mais non, votre honneur, je vous promets, je ne savais pas, j’ai tout vu, mais, je ne pouvais en aucun cas imaginer la triste tournure que prendrait cette affaire. » …

- « … Bien que, cher monsieur, beaucoup dans cette assemblée, voire même la société toute entière, ont leur part de responsabilité dans ce drame, cela ne fait ni de vous, ni de nous, des coupables … Les vrais coupables sont assis, là, dans le box des accusés … »

Ils ont transformé cet ange en poupée de porcelaine, que l’on a cassée en la jetant violement au sol .
Et, comme tout jouet brisé, elle finit son existence au fond d’une poubelle,
de ma poubelle, cette boîte à réflexions, blottie bien au chaud sous mes cheveux imaginaires !

C’est ce qu’ils appellent « la justice des hommes » - « la vérité judiciaire »

Comme si cela devait suffire à soulager ma conscience, ou peut-être devrais-je dire : mon inconscience …

Où est l’aspirine ?
Il me faut de l’aspirine …

12.12.05

La pluie

Une mignonne petite fille, s’était réfugiée sous l’aubette du supermarché.
Elle venait de faire les courses avec sa maman.
C’était une superbe petite fille rousse qui devait avoir près six ans, l’image de l’innocence incarnée dans un corps d’enfant.
Il pleuvait des cordes dehors, vous savez, ce genre d’averse que les corniches et les avaloirs d’égouts ne peuvent pas engouffrer, tant elle est diluvienne, les gouttes tellement pressées de rejoindre le sol qu’elles tombent en filets discontinus, transformant l’atmosphère en aquarium géant.
Nous étions tous debout, là sous cette aubette, à attendre l’accalmie, certains avec patience, d’autres visiblement irrités par les caprices de dame nature, qui compromettaient le minutage trop précis de leurs journées.
Je suis, depuis toujours méditatif quand il pleut, je me perds dans le bruit et dans les traits de cette eau que nous envoie le ciel pour laver la crasse et la poussière de cette terre.
Doux souvenirs d’enfance, les sauts dans les flaques fraîchement gonflées par le déluge, comme si je jouais toujours dans ma mémoire, juste suspension rédemptrice d’une journée de tracas et d’empressements…
La voix de cette enfant interrompit la transe hypnotique dans laquelle je m’ étais plongé.

- Maman, si nous traversions sous la pluie pour rejoindre la voiture dans le parking.
- Que dis-tu ? reprit sa maman.
- Allons sous la pluie, répliqua-t-elle.
- Non, ma chérie. Nous allons attendre une petite accalmie.
La petite patienta quelques minutes et repris avec insistance :
- Traversons sous la pluie.
- Mais, enfin, nous serons trempées si nous y allons maintenant.
- Mais non maman, ce n’est pas ce que tu disais ce matin, lui répondit la petite en lui tirant la manche de la veste.
- Ce matin ?
- Et quand t'aurais-je dit que nous pouvions traverser une averse sans être mouillées , dis moi ?
La fillette répondit calmement :
- Quoi, tu ne te souviens pas ?
- Quand tu discutais avec papa à propos de son cancer, tu lui a dis :
- Si nous traversons ceci ensemble, nous pourrons tout traverser ensemble et sans embûche…

Assez curieusement, tout le monde se tut soudain.
Je vous assure qu’on n’entendait plus que la danse folle de la pluie sur le macadam.
Nous étions tous devenus subitement muets.
Plus personne ne revint ni ne quitta l’aubette, les quelques instants qui suivirent .
Visiblement, la maman se concentrait pour donner la réponse la plus appropriée.
D’aucuns auraient éclaté de rire, ou, auraient traité cette enfant de sotte.
Certains auraient même feint de ne pas avoir compris.
Pourtant nous étions tous là, devant une vérité infantile, une gigantesque tranche de vie puérile.
Un de ce moment de confiance innocente, qui, si elle est entretenue, continuera de croître dans le cœur même des bonnes choses, et nourrira l’espoir de toute une vie.

- Ma chérie, tu as raison. Courrons sous la pluie, et s’il en est ainsi, que ceux de la haut nous laissent nous détremper par la pluie, bien, … c’est qu’il était certainement nécessaire que nous fussions lavées de la sorte, lui dit sa maman.

Et elles s’en allèrent sous la pluie.
Nous étions tous là, à rigoler en les regardant traverser la rue entre les flaques, avec comme seuls couvre-chefs, leurs sacs de courses.
Elles furent bien évidement trempées.
Mais assez curieusement, d’autres les suivirent bientôt, s’en allant rejoindre leur voiture, en criant et riant aux éclats comme quand ils étaient enfants.
Et oui, moi aussi, je me surpris à sautiller de flaques en flaques,un sourir candide aux lèvres, je fus très vite trempé, mais il faut croire qu’il était fondamental aussi que je passe au « body wash » afin d’effacer la poussière qui recouvraient mes souvenirs.
Depuis, je me suis rendu compte que certaines circonstances ou bien certaines personnes, pouvaient nous prendre de l’argent, tant de besoins purement matériels, et même notre santé.
Mais jamais personne, ne pourra nous enlever nos souvenirs, fussent-ils d’enfants…
Il me semble, dès lors, indispensable de prendre le temps de se souvenir de l'innocence.
Pour tout et pour chaque circonstance il y a sous ces cieux une saison et le temps de nos mémoires.
Il suffit de conserver les jours de grand soleil pour illuminer les périodes plus sombres de nos vies...