10.4.05

Les jouvencelles du vice


… Lasse d’avoir abandonné encore une fois son corps à cet abject liquide glauque que lui offrent ses furtifs amants, elle ramasse pour la cinquième fois ce soir, cette ficelle qui lui lacère ses fragilités, pleure de honte en offrant le fruit de ses mérites à ce salop de cousin qui l’attend dans l’arrière-salle.
Il lui avait pourtant promis la luxuriance, si elle le suivait dans ce pays.

- Si tu restes avec le vieux, tu crèveras de misère ... Là où je vis, l’argent règne en maître,

lui avait-il certifié.
Il ne lui avait pas dit que l’hymen était roi dans son royaume …

- Oh, papé … papé … qu’ai-je fait ?

Allez … se reprendre, oui, supporter, surtout éviter les coups de ceinture … oh seigneur, éviter les coups de ceinture …

… elle se réinstalle dans son étalage libertin, cette vitrine que le regard des hommes avides de chairs juvéniles, ruisselantes et chaudes, a tant salie, et qui est aussi vite lavée par les larmes des grenouilles de bénitier, qui par compassion, pleurent le sort de ces jouvencelles, mais les jalousent secrètement, car elles savent que ces infantiles douceurs sont utiles à leur mari.

… Assise dans ce fauteuil d’osier, le string trop étroit pour cacher sa fragile intimité, elle se remet à rêver, une petite photo, seul souvenir de son grand père, pressée contre son cœur …
… On frappe à la vitre ,

- Dis, petite, c’est combien pour une pipe…