9.7.06

Les traîne-misères


Hier encore le curé lisait son bréviaire,
La soutane boutonnée jusqu’à la gorge .
Souvenirs lointains, mais à ce point vivants
Que je sens encore l’odeur de l’encens
Dont il couvrait la bière des trépassés.
C’est que l’abbé aimait ses ouailles,
Surtout les vagabonds miséreux et autres hères
Qui peuplaient en nombre sa campagne,
Il leurs réservait aux funérailles,
une homélie pleine de sagesse,
le sermon du brave et du juste.
Quelques fois, il réussissait même à confesser,
juste avant le trépas, un de ces mendiants.
Ceux qui avaient péché par omission
Dont la seule tare était l’ignorance.
Il leurs offrait alors la rédemption,
sans imposer la moindre contrition.
L’ultime pénitence, était une faveur auprès du « seigneur »
La clé que eux seuls possédaient selon les saintes évangiles.
Il implorait ces va-nu-pieds de rendre compte de ses bienveillances.
Et mendiait de la sorte la place qu’il convoitait à la droite du « Père »
en leurs annonçant des jours plus prometteurs après la mort .
Comment lui en vouloir.
Il n’avait de cesse que de soigner les âmes perdues,
et savait à coup sûr, que celles de ces traîne-misères étaient pures.
Jamais les oubliés ne connaîtront la colère de Dieu.
Seuls seront punis les mécréants.
Il leurs était donc aisé d’implorer la grâce divine pour le bien-être de leur curé.
Quoi de plus humain, somme toute, de tirer profit de la niaiserie des incultes.
Evidemment, le statut donne des droits, à ceux qui possèdent le pouvoir.

Pourtant, je te le dis, curé, les peines que tu te donnes afin d’acheter ta place sont vaines
… le paradis n’existe pas …